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Loin des yeux, loin du coeur.

 
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Toine
Humain

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MessagePosté le: Sam 16 Mar - 17:15 (2013)    Sujet du message: Loin des yeux, loin du coeur. Répondre en citant

En tendant bien l'oreille, on entendait encore de petits craquellements. La neige rendait les armes, à son rythme, celui qu'on ne remarquait pas : un jour le monde était blanc, et le suivant le vert avait repris son rang, couvrant champs et forêts de ses nuances. Ici, dans les basses montagnes, il demeurait encore de multiples congères et plaques enneigées, qui disparaissaient lentement, alors qu'un soleil pâle mais revigorant envahissait les cieux, éclipsant quelques épars nuages qui voguaient sans but. Si l'on regardait au loin, on pouvait distinguer, presque au niveau de l'horizon, des plaines étendues, sans les mamelons des collines qui formaient la naissance des montagnes. Était-on déjà en Sessistal ? Possible. Ils avaient déjà bien grimpé, et maintenant redescendaient. Il leur restait encore quelques jours avant l'échéance, mais les guides avaient assuré qu'ils arriveraient à temps. Au bord du vide, sur une petite corniche donnant sur un sentier escarpé, le jeune homme vêtu de sa chasuble d'un vert prononcé contemplait ce pays qu'il ne connaissait pas, avec une expression renfrognée. Il ne faisait pas très chaud, mais déjà la neige à cette altitude ne se trouvait plus que par petites étendues, mares immaculées dans l'herbe claire, les roches et les quelques arbres d'une montagne qui retrouvait ses clémentes couleurs. Pas de vent non plus, rien qu'un air immobile et radouci, qui ne procurait de frissons que dans l'immobilité. Les pentes n'étaient guère aiguës, filant vers les plaines de cette contrée où il se rendait sans heurts ou brusqueries ; dans un ou deux jours d'une marche correctement attentive, très loin des lieues laborieuses dans les cols battus de givre, il arriverait sur les routes d'une prairie plate. Les pavés raboteraient encore un peu les bottes de voyage offertes par ses compagnons de chemin, et ensuite, ce serait la fête. Du moins, pour les autres. Dans son dos, plus haut sur les corniches, à peine visible, le refuge où Toine dormirait cette nuit lui parut d'autant plus désagréable que des pensées d'une obscurité dérisoire, mais pour lui importante, lui revenaient en tête en contemplant tout ce qui s'étalait sous ses yeux.
D'ici quelques jours, ce serait la Fête du Printemps, et puis la Fête des Pluies. Le printemps arriverait enfin sur son village, les travaux des champs reprendraient ; avec ses frères, il en serait sans doute, car là était la voie de leur dieu. Il aurait dû se trouver à Obe, d'ailleurs, pour célébrer avec les habitants ces deux grandes fêtes qui annonçaient une année d'abondance. Le bœuf sacrificiel que tous avaient nourris en épargnant un peu de leurs récoltes, en prévision de ce jour, attendait dans son étable son funèbre destin : égorgé par les quatre clercs, il montrerait à Tesmeriv leurs espoirs, et nul doute que le dieu intercéderait pour leur donner grande joie quand ils compteraient leurs épis. Mais leur seigneur en avait décidé autrement : un jour, un cavalier étranger était arrivé à Obe, et demandé à Massime de se préparer à quitter le village pour suivre leur Clerc Honoré à un endroit dont Toine ne se rappelait plus du nom. C'était une consigne de leur Clerc Supérieur ; et Massime avait aussi reçu le devoir d'emmener avec lui un des Frères, pour porter « la grandeur du Marquis » jusqu'à cet endroit. Par malheur, le Reptile, son ami, l'avait choisi lui. Et maintenant, il passerait la Fête du Printemps loin de sa famille, loin des siens, et loin d'Agathe. Agathe bien aimée, qu'il comptait bientôt épouser, et qui occupait ses pensées.
Depuis un peu plus de deux semaines, ils avaient quitté Obe pour rejoindre une caravane : celle de leur Clerc Honoré, accompagné de nombreux autres religieux, escortés par des hommes de leur Comte et des Jurés. La troupe traversa les montagnes, et s'était arrêtée pour cette nuit dans un petit refuge, un Sanctuaire de Taraskadal, qui leur avait offert l'hospitalité. La caravane y était bien à l'étroit, mais malgré tout préférait cela à certaines nuits à la belle étoile dans la campagne encore bien fraîche. Toine était sorti pour ressasser ses sombres pensées loin des autres, au calme. Il préférait le silence aux bavardages de dizaines de personnes qu'il ne connaissait pas, et Massime ne lui était pas d'un grand secours : leur Clerc Honoré insistait depuis le début du voyage pour le garder près de lui.

Son ami le lui avait expliqué : ils se rendaient en Sessistal, dans une ville dont le nom lui échappait, pour fêter la Fête du Printemps en l'honneur de leur Marquis, qui scellait par là la paix avec un seigneur sesste qui lui avait disputé, pour une nouvelle fois, la possession d'il ne savait quel mont. Toine ignorait jusqu'au nom de tous ces gens : leur Marquis, celui des Sesstes... Il ne savait quelle ville était leur destination, il ne comprenait rien à ces affaires de frontières. Il avait juste reconnu le nom de leur Clerc Supérieur, et celui de leur Comte, qui faisait le déplacement avec une autre caravane. Massime lui avait aussi expliqué d'une voix de conspirateur que, par le très grand nombre de Frères qui célébrerait à ses côtés la Fête du Printemps avec son rival, le Marquis pourrait paradoxalement triompher davantage dans cette affaire qu'en combattant... Toine n'avait osé lui dire qu'il n'avait pas compris le mot « paradoxalement », ni en fait rien de ce qu'il expliquait en la matière. Il ne savait même pas qui était ce Marquis, comment pourrait-il comprendre ses luttes avec un étranger qui vivait de l'autre côté d'une chaîne de montagnes ? En fait, il ne voyait que sa solitude, et imaginait celle d'Agathe. Il pesta silencieusement d'en haut de sa corniche, d'où il regardait les pentes couvertes d'herbe vert sombre et de bruyère, de conifères maigres, avec de loin en loin une silhouette animale qui toujours filait dès qu'il la remarquait. Puis, il choisit de continuer de marcher.
Sa chasuble le gênant, il descendit la corniche à pas précis, plutôt que d'en sauter : se briser une cheville ne lui aurait guère porté chance, car leur supérieur était à ce point sur les dents qu'il l'eût laissé aux bons soins de leurs frères de Taraskadal jusqu'à leur retour d'en bas... Et la rugosité du refuge ne lui disait strictement rien. Il était bien chez lui dans les plaines, près du fleuve, à ne se soucier que de son village et des champs. Il ne connaissait rien à ce coin, et la promenade n'était qu'un prétexte pour remuer son agacement. La faucille à la ceinture, il marcha dans l'herbe, ses bottes faisant ployer un sol souvent encore humide, car la neige n'était pas partie depuis longtemps. Cependant, on trouvait déjà des fleurs, essentiellement cette belle bruyère qui donnait des nuances étranges à la région, surtout sous ce soleil pâle de fin d'hiver. De loin en loin, un bosquet résineux, voire un petit conifère solitaire, agrémentait la vue, rompait la monotonie de cette pente. On voyait de fort loin, où que l'on regardait ; mais Toine ne regardait guère que ses pieds, et ses yeux ne lui renvoyaient que ce qu'il voulait déceler : un pays étranger, où il manquait à tous ceux qu'il connaissait. Et il détestait ça. Même les frères du refuge, qui les accueillaient sans arrière-pensée, l'énervaient à cause de leur accent bizarre. Il était loin de chez lui. Sans doute, en d'autres circonstances, eût-il adoré cet endroit, beau et sauvage... Mais pas là. Il releva la tête pour regarder le ciel, et espéra qu'il ne se fâcherait pas. Rester coincé ici l'emmènerait tout droit à un vrai supplice. De nouveau, il pesta, mais là sa voix le trahit. Elle était rauque, de n'avoir parlé depuis des heures, trop agacé pour la laisser jaillir. Il toussa.
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MessagePosté le: Sam 16 Mar - 17:15 (2013)    Sujet du message: Publicité

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