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Physique appliquée

 
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Sarles Mersinal
Reptile

Hors ligne

Inscrit le: 25 Déc 2012
Messages: 3
Âge: 41
Statut: Peuple.
Localisation: Snaksetor.
Emploi: Professeur d'université.

MessagePosté le: Sam 23 Fév - 16:38 (2013)    Sujet du message: Physique appliquée Répondre en citant

Sarles s'arrêta quelques secondes de parler pour avaler un peu d'eau du gobelet posé sur le pupitre devant lui, sur lequel reposaient également plusieurs dizaines de pages de notes et schémas divers. Être membre d'un colloque présenté devant tant de nobles et de sommités eût eu en effet de quoi impressionner un débutant en matière de conférences au point de se raccrocher au providentiel liquide comme à l'unique réalité au monde, mais le Reptile n'en était pas à sa première. Simplement, cela faisait environ quarante minutes qu'il discourait sans véritable interruption, et sa gorge déjà éprouvée par le froid de l'hiver commençait à protester à sa manière contre l'effort continu que son propriétaire lui imposait.
Que faisait-il, par ce froid mois de Nevar, à l'université de Servinay, loin au sud de sa ville natale, de sa femme et de ses enfants ? Eh bien, ce qui l'occupait une ou deux fois par an lorsqu'il n'enseignait pas ni ne recherchait : il participait à un congrès de scientifiques tant sesstes que bercelais, qui avait été organisé par le comte local dans cette ville d'importance moyenne à la frontière entre les deux duchés. Comme à son habitude lors de tels rassemblements d'intellectuels et de ses collègues chercheurs, mais aussi de nobles intéressés par les sciences et les arts, il traitait de sa propre théorie et de ses recherches sur le mouvement des corps indéformables, non seulement pour la faire connaître mais aussi pour faire part de ses avancées. Un autre but était également d'attirer éventuellement l'attention d'un de ces nobles pour en faire un mécène ; certes, l'on pouvait penser que des recherches ne nécessitant à première vue que du papier, une plume et beaucoup d'encore pour être menées à bien, ne requéraient pas beaucoup de fonds. Mais il lui en fallait pour mener des expériences qui permettraient d'assurer la validité de ses hypothèses et l'exactitude de ses calculs. Or, pour conduire de telles expérimentations, il lui faudrait certainement un champ de tir et une catapulte, la deuxième servant à assurer que le mouvement d'un corps en évolution libre dans l'air soumis à une grande vitesse initiale parcourait bel et bien une parabole dans l'espace avant de s'écraser au sol. Et, naturellement, ce genre d'engin guerrier ne se trouvait pas sous le sabot du premier destrier venu, aussi lui fallait-il, en plus de se faire connaître, donner des applications concrètes de ses recherches. Il suspectait en effet qu'un détenteur d'une catapulte ne la céderait pas à un scientifique un peu dans la lune par pur amour de l'art et de la physique.

Naturellement, tous dans cette salle ne comprenaient pas les détails les plus pointus ; d'autres étaient perdus dès le début d'explication physique, mais n'en gardaient pas moins un air aussi concentré que possible ; enfin, certains écoutaient attentivement de bout en bout afin de trouver une faille. Il fallait tâcher de convaincre tous et toutes, et pour cela se montrer dynamique et enthousiaste... Ce qui n'était pour lui pas bien difficile : ces travaux qu'il présentait étaient l’œuvre de sa vie, sa création, mais il lui fallait les rendre intéressants pour tous et non seulement pour lui. Ce n'étaient que des étudiants, au fond, simplement plus vieux et avec moins de temps devant eux. Gardant le sourire malgré sa voix qui s'éraillait de plus en plus, s'éclaircissant la gorge toujours plus fréquemment, il gardait un œil sur l'assemblée qui, par endroits, même s'il ne s'en étonnait guère, paraissait perdre le fil et avait l’œil vitreux et vide des gens perdus dans leur pensées. Mais il concentra de nouveau son attention sur ses notes tandis qu'il traçait un grand schéma à la craie sur le tableau derrière son pupitre. Il sentait par moments l'esprit dans sa plume s'agiter, agacé d'être emprisonné dans un vulgaire sac de cuir, mais Sarles ne lui prêtait pas attention, comme un vieux matou peu superbement ignorer l'excitation d'un chaton.
Au bout d'un quart d'heure de plus, Mersinal en vint à la conclusion de son exposé, remercia l'assemblée pour son attention et regagna sa place sous les applaudissements polis de l'auditoire. Ce fut le tour d'Yves Marnet, un jeune naturaliste bercelais, de présenter son travail aux augustes figures ; il avait fait une longue expédition au Sud, vers la Licédie, pour étudier l'adaptabilité des thèses d'Adrisjina Sone aux sols plus méridionaux. C'était un esprit prometteur et brillant, et on remarquait qu'il était habitué à des températures plus clémentes à en juger par les fourrures chaudes qu'il portait, et qui ne l'empêchaient pas de grelotter légèrement – quoique cela pût aussi être imputé à la tension.

Une fois sa propre conférence achevée – un sujet passionnant, somme toute – après une nouvelle heure, tout le monde se leva en s'ébrouant ou s'étirant avant de gagner la sortie de la salle, ou de se ruer vers le pupitre pour poser quelques questions. Sarles eut un petit sourire en imaginant le jeune homme forcé de répondre pendant quelques précieuses minutes au cours desquelles il eût sans doute préféré se mettre un peu plus au chaud, et sortit lui-même. Les couloirs de l'université étaient sobres, sans ostentation, parés toutefois de tapisseries et lambrissés pour garder un peu de la chaleur prodiguée par quelques rares feux de cheminée. L'hiver était certes rude, mais on avait connu pire. Il marcha à la suite des autres participants jusqu'au grand hall d'entrée, flanqué de deux escaliers de bois ciré et décoré de multiples tapisseries et sculptures, contrastant avec les couloirs et les salles de cours d'allure plus austères. Il s'agissait sans doute d'impressionner le visiteur avec une telle entrée, mais ceux qui connaissaient l'endroit ne devaient pas s'y tromper. Quelques autres marches permettaient d'accéder à la grande porte d'entrée par laquelle tous sortaient en un flot continu, tandis que le vent se faisait entendre. La soirée n'était pas très avancée – six ou sept heures, tout au plus – mais déjà la nuit était tombée, et de petits tourbillons de neige allaient dans le vent, formant un tableau magnifique, mais surtout... froid. Le Reptile avait prévu ce menu détail en se vêtant d'une veste matelassée bleue, chaude et confortable, et d'un de ses chaperons, mais le vent glacé le refroidissait jusqu'aux os. Il pesta entre ses dents, s'avança prudemment sur les marches de pierre rendues légèrement glissantes par la neige, et, une fois parvenu en bas, tâcha de se souvenir du chemin vers l'hôtellerie où il était logé pour ces deux semaines.
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MessagePosté le: Sam 23 Fév - 16:38 (2013)    Sujet du message: Publicité

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Dioclès de Vassa
Humain

Hors ligne

Inscrit le: 16 Déc 2012
Messages: 12
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Statut: Noble.
Localisation: Le Berceau.
Emploi: Bélisaire.

MessagePosté le: Sam 16 Mar - 12:20 (2013)    Sujet du message: Physique appliquée Répondre en citant

Par chance, l'hiver ne devait plus durer bien longtemps : devins et observateurs l'assuraient à ceux de la noblesse depuis déjà quelques temps, et les divers sacrifices avaient sûrement mis Tesmeriv d'assez bonne humeur pour qu'il consentît à revêtir son manteau de printemps. Sans aucun doute, tous, du peuple au Roi, s'en réjouiraient, car l'hiver n'était définitivement pas la saison que l'on préférait. Au pied des marches de l'université de Servinay, Dioclès de Vassa pestait intérieurement chaque fois qu'il essayait de resserrer un peu plus son manteau sur ses épaules, alors qu'il n'était là que depuis quelques instants ; poussé dehors par ce flot de discoureurs éduqués qui s'empressaient de regagner leurs maisons, leurs auberges ou leurs montures, il tentait à la fois de se protéger de ce maudit froid mordant et de repérer ceux qu'il accompagnait dans la cité.
Elle ne se trouvait pas si loin de Leocel, après tout ; et il y a ici parmi nous d'autres érudits qui souhaitent se rendre à ce colloque, cher ami ; pourquoi ne les accompagneriez-vous pas là-bas, ce n'est pas grand-chose ; vous n'êtes jamais allé à Servinay, de surcroît, sûrement que le Comte sera ravi de cette marque de respect... Voilà ce qu'en substance, le Roi, puis ses amis Jacob Silmer et Martin lui avaient assénés comme arguments pour qu'il acceptât de se rendre avec une tripotée d'universitaires, chercheurs ou penseurs à ce... comment encore ? Colloque ? Enfin, réunion avec grands exercices oraux sur divers sujets auxquels il ne comprenait strictement rien. Quant au Comte, apparemment il n'avait pas fait le déplacement, et pour quelques heures à peine le Bélisaire ne considérait pas nécessaire de venir visiter son castel, qu'il eût sans doute connu sur le bout des doigts au bout d'épuisantes heures de flagorneries. De Vassa était d'humeur bougonne à tous les niveaux, pour toutes sortes de raisons – et le froid ne venait pas forcément en tête. Les épuisantes manifestations de satisfaction de Jacob et Martin durant le trajet, et leurs babillages incompréhensibles avec la vingtaine d'autres adeptes de la réflexion qui les accompagnaient, comptaient pour beaucoup dans son agacement.
Tout seul à l'entrée de l'université, il était à pied, emmitouflé dans son manteau. Personne ne parut franchement le remarquer, trop occupés qu'ils paraissaient tous à continuer la conférence dans la rue. Dioclès ne portait pas sa cape de Bélisaire, ayant préféré se cacher sous la fourrure, mais un tabard aux armoiries du Roi pouvait dénoter son rang ; seulement, nul ne regardait vers lui. Les soldats qui avaient escorté les penseurs, dont plusieurs étaient ses propres hommes, patientaient une grande rue plus loin, à côté d'une place dont la grande fontaine gelée attirait néanmoins quantité de marchands en tous genres. Dans l'université même, quelques esclaves et assistants des professeurs lui avaient fait quelques courbettes, s'enquérant régulièrement de sa soif, de sa tranquillité, de la qualité de l'accueil... Ce qui n'était pas foncièrement pour lui déplaire. Cependant, son désir de visiter la bibliothèque, de rencontrer les gardiens des archives et autres billevesées de lettrés était si faible qu'il avait peu à peu agacé son ton, jusqu'à le faire filer vertement le dernier gamin à être venu lui offrir une entrevue avec le directeur une fois le colloque achevé. Maintenant, au milieu de ce désordre vêtu à la mode des théoriciens – habits bien coupés, jolies coiffes, air important – arrosé de flocons épars, il se sentait perdu.

En désespoir de cause, il essaya de repérer Jacob ou Martin, les seuls qu'il connût de la troupe escortée, prêt à leur pardonner leurs piques durant le trajet ; tendant le cou, se dressant sur la pointe des pieds, nul doute qu'il offrait un spectacle cocasse. Pour ce qu'il se remémorait, Jacob avait dit qu'il comptait ensuite se renseigner sur divers ouvrages auprès de la bibliothèque – « vous n'y comprendrez sûrement pas grand-chose, Dioclès ; ne vous forcez donc pas à avoir l'air de me suivre, vous n'y arrivez que très mal. » – et Martin comptait l'attendre... mais les autres ? Au milieu de toutes ces congrégations qui discutaient d'affaires incompréhensibles à ses oreilles, il ne parvint pas à les différencier. Il ferma brièvement l'oeil, se figurant que cela l'aiderait à se rappeler d'un ou deux noms, mais les courtisans lettrés de la Cour étaient si nombreux qu'en retrouver quelques-uns relevait de l'exploit. Lui-même n'y parvenait pas.
Se diriger vers la bibliothèque, peut-être ? Oui, mais s'ils en étaient sortis, ses deux amis ? Ah, sot qu'il se trouvait, parfois ! Un grand coup de vent le fit sursauter, puis fermer son manteau plus encore en lâchant, cette fois-ci, quelques jurons bien sentis. Un ou deux hommes se tournèrent vers lui, pas franchement choqués par son langage, et ils le saluèrent de la tête, accroissant légèrement le geste en remarquant son tabard. De Vassa grogna quelque chose à leur égard, puis se déplaça vers l'avant des marches, essayant d'avoir une vue plus générale de l'université. Une nuée d'oies dans une basse-cour, voilà tout ce que cela lui inspira. Mais il y en avait une à l'écart, isolée, qui paraissait chercher quelque chose : une occasion pour peut-être trouver ses escortés, et les ramener bien vite au bercail... ou au castel du Comte. Autant de moyens de disperser la conversation de ce dernier.
L'oie était, en fait, un Reptile vêtu et écaillé de bleu, solitaire. Très certainement un des érudits, mais peut-être aurait-il la langue moins pendue que les autres... De Vassa lui arriva dessus sans discrétion, se jetant métaphoriquement sur lui, et la neige réduite en bouillie sous ses bottes ne l'aida pas à arriver de façon très éduquée. Il se reprit néanmoins, mais sa voix ne put s'empêcher de trembler légèrement à cause du vent, des flocons et du froid.


- Excusez-moi, monsieur... Auriez-vous vu un... Nain avec les cheveux blonds... l'air âgé... ou bien...

Il s'interrompit tout seul, se rendant compte d'à quel point cela lui paraissait voué à l'échec. Ils ne seraient partis sans lui, de toute façon. Du moins, fallait-il l'espérer. Il décida de refaire une tentative, d'un air un peu plus sérieux et « noble », avec une voix qui se maîtrisait un peu plus.

- Il se nomme Martin de Joruze... Il a dû assister à... eh bien, votre conférence.

Au pire, ça l'aiderait à passer le temps. C'était là un avantage d'être un grand personnage : les gens n'osaient que rarement filer quand vous leur parliez, à moins de bien connaître les usages d'une certaine société de Cour... Et il ne se rappelait pas avoir déjà vu ce Reptile où qu'il se fût rendu.

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MessagePosté le: Aujourd’hui à 10:09 (2018)    Sujet du message: Physique appliquée

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